|
ALBI (81) - APRÈS
8 MOIS EN UNITÉ POUR MALADES DIFFICILES, BOUAZZA BENOUAHI,
RECONNU PÉNALEMENT IRRESPONSABLE, DE RETOUR DANS LE TARN.
L'assassin de
Gaillac hospitalisé au Bon Sauveur
Énième rebondissement dans le dossier du
meurtre de Gaillac. Selon nos informations, l'assassin de
Francine Roques, Bouazza Benouahi, placé d'office sur
décision du préfet du Tarn depuis février à
l'Unité pour malade difficile (UMD) de Cadillac (Gironde)
à l'issue du procès, a été transféré
début octobre au Bon Sauveur d'Albi, dans un secteur
fermé.
Benouahi avait été
déclaré coupable du meurtre de cette mère de
famille de 54 ans, mais acquitté car reconnu irresponsable
pour raisons psychiatriques. Le verdict avait été
accueilli par les cris de douleurs et de colère de la
famille de la victime, égorgée en pleine rue avec
une lame de 20 cm pour « sauver le monde des flammes de
l'enfer ».
À l'énoncé
du verdict, le procureur de la République d'Albi,
Jean-Christophe Müller, avait requis l'hospitalisation
d'office de Bouazza Benouahi. Hospitalisation aussitôt
signée par le préfet du Tarn, François-Xavier
Ceccaldi. Hier ce dernier réagissait en ces termes au
retour de Benouahi dans le Tarn : « Dès que j'ai
appris que Bouazza Benouahi était transféré
au Bon Sauveur à Albi, je me suis occupé
personnellement de son transfert, en lien avec la direction du
Bon Sauveur, la police nationale et le procureur. Compte tenu de
la personnalité de l'intéressé, des mesures
de précautions spécifiques le concernant ont été
prises afin d'éviter tous les risques. »
Jean-Christophe
Müller, qui en tant qu'avocat général avait
demandé une peine de 30 ans de prison dont 20 de sûreté,
n'a que modérément goûté le transfert
du malade : « J'ai écrit pour m'opposer absolument à
ce transfert dans une unité normale en raison des risques
pesant sur les garanties de sécurité. À ce
jour je ne sais pas si j'ai été entendu. »
Du côté
de l'établissement psychiatrique, on se refusait hier,
secret médical oblige, à infirmer ou confirmer
l'information. Toutefois, le Dr Jean-Luc Rosières, chef du
service du secteur II, explique qu'un « patient ne peut
rester toute sa vie dans une unité pour malade difficile
(UMD) » : « Il n'existe que 4 centres de ce type en
France. Les malades qui y sont admis reçoivent des soins,
puis sont renvoyés vers l'établissement dont ils
proviennent. C'est une procédure normale, prévue
par la loi. En ce qui concerne les placements d'office, il faut
savoir que les décisions de transferts et à terme
de sortie ne sont pas le fait d'un seul homme. C'est une décision
collégiale, médico-adminsitrative. » Le
médecin psychiatre plaide toutefois pour une plus grande
sérénité : « On ne peut pas
stigmatiser en permanence les malades, ni les enfermer pour
toujours. Il faut de la sérénité pour
soigner. »
Une sérénité sans doute
difficilement compatible avec l'émotion de la famille
Roques:«Je constate, expertises médicales à
l'appui, qu'en l'espace de quelques mois il va beaucoup mieux»,
commentait hier Me Denis Benayoun, leur avocat. «Ce qui
veut dire que lorsqu'il prend son traitement et qu'il ne
s'alcoolise ni ne se drogue volontairement, il va mieux.»
Christian Stawoski, président de l'association
Delphine-Cendrine, qui demande la suppression de l'article sur
l'irresponsabilité pénale (art.122-1), proche de la
fille de la victime, disait hier sa surprise : « A la
barre, en février, des experts sont venus nous expliquer
qu'il était très facile, en hôpital
psychiatrique, de se procurer du cannabis. Il serait malheureux
qu'il faille que Benouahi repasse à l'acte pour qu'on
prenne conscience du problème. » C'est en effet sous
l'emprise conjuguée de l'alcool et de drogues que Bouazza
Benouahi avait égorgé Francine Roques, le 24
février 2003.
Le procès en appel aura vraisemblablement lieu en janvier
à Toulouse. Jérôme
Schrepf
|